Interview de Fabrice, supporter rennais (1/2)

L1 : Le programme TV de la 14è journée
Le groupe du Stade Rennais

Publié le 26/06/2015 à 11h42

Interview de Fabrice, supporter rennais (1/2)

Vous commencez à en avoir l'habitude, avant chaque match de championnat, nous interviewons de manière décalée et quelque fois provocatrice un supporter de l'équipe adverse. Pour cette 11ème journée de Ligue 1, au Stadium face au Stade Rennais, c'est Fabrice Pinel, fondateur du site Rouge Mémoire, qui se prête à l'exercice!

Bonjour Fabrice, peux-tu te présenter en quelques lignes?
Je suis avant tout supporter du Stade Rennais. Le club a retrouvé l'élite en 1994, j'avais 12 ans. Depuis, je ne le lâche plus d'une semelle et j'ai collecté une multitude d'archives : photos, statistiques, articles de presse, goodies... En septembre 2011, j'ai lancé le site rougememoire.com qui retrace toute cette période depuis 1994 à aujourd'hui, avec tous les joueurs, matchs, adversaires, et statistiques concernés par cette période. Depuis janvier dernier, je corresponds aussi pour le mensuel Rennes Football consacré au Stade Rennais.

En tant que pur produit breton, dis-nous tout : le chouchen a été inventé pour vous faire oublier le biniou et la pluie? 
Une expression locale dit "en Bretagne, il ne pleut que sur les cons" donc on en déduit implicitement que le chouchen ne sert qu'à faire abastraction de ces derniers.

En Bretagne, le football c'est quelque chose avec Guingamp, Lorient, Brest, Vannes... Comment se vit cette petite concurrence entre supporters? Ca doit chambrer au boulot entre collègues non?
J'ajouterai Nantes qui - quoi qu'on en dise - a tout de la Bretagne hormis son département de rattachement. Cette concurrence est différente selon les clubs et même selon les années. Après la finale de Coupe de France 2009, on a oublié Guingamp pour faire la part belle à Brest, tout en subissant la montée en puissance de Lorient. Cette saison, Brest a disparu au profit de Guingamp... Cela varie, ça chambre au quotidien car chaque Breton a un ami supporter rennais dont le père supporte Guingamp, le beau-frère passionné du Stade Brestois et l'arrière grand-père nostalgique du FC Nantes. Dans l'ensemble, ça reste des taquineries amicales sauf dernièrement où le retour des Canaris en Ligue 1 a donné une dimension électrique et incontrôlée à ce voisinage.

Toi qui retrace l'histoire du Stade Rennais avec ton site Rouge Mémoire, quel est ton plus beau souvenir en tant que supporter rouge et noir?
Le plus beau de tous est la finale de la Coupe de France 2009 contre Guingamp mais seulement jusqu'à la 72ème minute de jeu. Tout était réuni ce soir là au Stade de France : le public, l'ambiance, le stade, un titre en jeu. Côté rennais, cette belle fête a été ruinée dans le dernier quart d'heure. Viennent ensuite la dernière demi-finale de Coupe de la Ligue à domicile contre Montpellier avec toutes ces scènes de liesse au stade; le duo d'attaque Frei-Monterrubio; les matchs européens contre la Juventus, l'Atletico ou encore Osasuna. Et enfin un très grand souvenir contre le TFC le 9 mai 1998. Ce soir là, Kaba Diawara plaçait sa tête victorieuse dans le but d'Alain Gouaméné pour assurer le maintien lors du dernier match de la saison (http://www.rougememoire.com/index.php/matchs/90/635-19971998--rennes-toulouse). L'été suivant, François Pinault reprenait le club et une ère plus sereine s'installait chez les Rouge et Noir.

Peux-tu nous éclairer sur cette tradition à Rennes, la chanson "Galette saucisse, je t'aime" ? C'est le contenu de la collation de vos joueurs à la mi-temps?
La galette-saucisse, c'est la marque de fabrique des abords du stade de la route de Lorient. On en mange de père en fils. Les membres du Roazhon Celtic Kop en ont fait une chanson qui nourrit tous nos voisins.


Jacky et les freepix révolution : Galette... par staderennais


Cette galette-saucisse, c'est un peu notre potion magique que tous les joueurs finissent par goûter. Mais ce délice se mérite et ne leur est réservé qu'en fin de match, dans le cas où ils ont gagné...

Vous jouez en Rouge et Noir et vous vous appelez le Stade Rennais. Un hommage caché au Stade Toulousain ?
Bien sûr, c'est un secret de polichinelle. Maintenant, l'étape suivante est de réaliser un nouvel hommage caché au palmarès du Stade Toulousain. Il faut que ça reste discret donc le Stade Rennais va étaler ça sur plusieurs siècles...

Que ressent-on après une période de trente ans de disette sans trophée? Et crois-nous, on sait de quoi on parle...
Si seulement ce n'était que 30 ans, on serait tous heureux. Mais là, on en est à 42 ans depuis la Coupe de France 1971. Personnellement, je ressens juste le besoin de connaître un succès de mon vivant. Déjà 20 ans de supporteurisme assidu pour ma part avec beaucoup de succès de prestige mais aucun trophée pour garnir la petite vitrine des salons VIP du stad de la route de Lorient. Quand Rennes débute une saison, aucun supporter ne s'attend à avoir un titre donc on n'est jamais vraiment déçu. Pourtant, on n'est pas contre le fait de connaître l'ivresse sans usage du chouchen...

Penses-tu que les deux finales récemment perdues (2009 et 2013) ont été un déclencheur négatif aux résultats rennais de ces dernières années?
Non, je ne pense pas. On a touché le succès sans se l'approprier mais au final, le Stade Rennais FC est le même club avant qu'après ces finales. Un club capable de gros coups (leader en octobre 2010, victoire au Parc à 9 contre 11 en 2012...) qui se situe entre la 4ème et la 9ème place (à l'exception de la saison passée pour la première fois depuis 10 ans). Un succès lors de ces finales aurait permis de se défaire de cette vieille poisse plus collante qu'un chewing-gum sous la semelle ainsi que de franchir un cap sportif et psychologique.

Avec l'arrivée de François Pinault en 1998, milliardaire de son état, pensais-tu voir entrer Rennes dans une autre dimension à l'image de celle de Paris et Monaco aujourd'hui?
Quand on est un club qui bataille pour sauver sa peau dans l'élite pendant des décennies, un changement de dimension financière permet simplement de voir l'avenir sereinement. Après, l'impatience de la famille a fait que des investissements colossaux ont eu lieu lors des premières années, sans succès. Le club s'est ensuite réfugié dans le travail. Les investissements se sont concentrés sur les infrastructures : le stade, le siège, le centre d'entraînement, le centre de formation. Ce qui se passe à Paris et Monaco, quel supporter ne voudrait pas le vivre ? Pourtant, je pense que Rennes n'est pas un club qui a vocation à connaître ce type de transformation démesurée. Cela ne correspond pas aux valeurs locales et cela tombe bien car ce n'est pas l'optique des Pinault non plus.

D'ailleurs, il a quand même apporté Salma Hayek en Ile-et-Vilaine, c'est déjà pas mal non?
Et Michel Drucker, ça ne compte pas? Oui, Salma Hayek c'est très bien mais je crois savoir qu'on ne la reverra plus souvent du côté de la route de Lorient.

Salma Hayek

Maintenant qu'il y a prescription, vous pouvez nous le dire que c'est le cousin de l'international brésilien Luis Fabiano qui jouait chez vous non?
Non je dirai plutôt que c'est le cousin de Christian Gourcuff qui n'a pas vu que durant son prêt d'un an à Sao Paulo, Luis Fabiano a enfilé les buts. A son retour de prêt en janvier 2002, le druide lui préférait Toifilou Maoulida et Frédéric Piquionne... L'avenir lui a donné raison eu égard aux carrières respectives des dits joueurs.

D'après toi, que devons-nous faire pour que les supporters rennais arrêtent de nous harceler pour que nous leur rendions Etienne Didot? Un maillot dédicacé bien placé et on en parle plus ?

La seule chose à faire c'est de nous le rendre! On a dû se tromper quelque part le jour où il est parti. Et imaginez-le le pauvre Etienne : passer de la galette au cassoulet, c'est le grand saut gastronomique. En attendant, je lance l'info à la communauté rennaise : un maillot dédicacé d'Etienne Didot à gagner chaque semaine sur Rouge Mémoire avec la complicité du TFC. Merci encore à toute l'équipe du Téfécé! [Apparemment, le supporter rennais, tu lui donnes le doigt, il te mange le bras... A méditer]

La suite de l'interview de Fabrice demain à 13 heures sur tfc.info !