"Une bande de potes qui voulait
seulement prendre du plaisir"

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Publié le 26/04/2019 à 18h00
Modifié le 26/04/2019 à 18h01

Face au favori lyonnais, il s'est offert un but et deux passes décisives, excusez du peu. A la veille de la finale de nos U19 au Stade de France (17h15), retour avec Antony Robic sur l'exploit des Pitchouns contre Lyon, il y a quatorze ans. 

 
Antony, on est à la veille de la grande finale. Comment s'était passée cette dernière soirée pour toi et tes camarades ? 

On était vraiment déterminés pour tout casser. Tout le monde avait hâte de vivre ce moment-là. Les semaines avant, on avait tout de même bien récupéré donc on se sentait prêts. Je n'ai pas le souvenir d'avoir subi la pression, même dans ces dernières heures.

Et puis, on aimait ce statut d'outsiders, et on voulait prouver aux gens qu'une bande de potes pouvait rivaliser avec des talents déjà reconnus. Chez nous, on peut dire que personne ne sortait du lot. Par contre, dans l'esprit d'équipe, on était clairement au-dessus. En revanche, le matin du match, on faisait moins les fiers. On était dans notre bulle. Ensemble mais concentrés.

Vous visitez le Stade de France. Une première pour toi ? 

Oui, première fois ! Déjà, même en faisant la visite, c'est compliqué d'imaginer que le lendemain ce sera à ton tour. Pour moi, le Stade de France, c'est la pelouse de l'équipe de France. Je ne pense pas que sur le moment, quand tu visites, tu réalises que c'est un aussi beau, grand et mythique stade. Il n'y a jamais eu de pression capable de nous faire sortir du match. On a toujours tout pris en positif. 

Tu as parlé d'unité collective, tout l'inverse de l'Olympique Lyonnais ?

Sincèrement, après notre demi-finale et notre qualification face à Amiens (à Avion), on souhaitait prendre cette équipe. On avait fêté notre qualification dans les vestiaires, et après on s'était installés en tribunes pour assister à l'autre demi-finale (ndlr : Montpellier - Lyon. Les Lyonnais passent, eux aussi, aux tirs au but).

Pour nous, Montpellier semblait plus compliqué à affronter. Quand on a vu les Lyonnais faire les malins alors que leur qualification avait été plus que laborieuse, ça nous a un peu choqué. On était dans le délire de jouer entre potes, prendre du plaisir ensemble, on avait peur de personne ! On voulait presque gagner la Coupe parce qu'on estimait plus respecter le football qu'eux. On se prenait un peu pour des amateurs face à des professionnels.  

Finalement, dès le début de rencontre, vous les mangez. Tu es surpris de cette facilité ? 

On connaissait le plan par coeur, mais de là à ce que tout nous réussisse de cette manière, on ne pouvait pas l'imaginer. J'avais cette impression d'être à dix centimètres du sol, et de pouvoir courir des heures et des heures sans jamais me fatiguer. L'adrénaline était à son maximum. J'en ai fait de matchs à enjeu dans ma carrière, mais une rencontre au cours de laquelle je me suis senti aussi bien, je n'en retrouve pas une autre dans ma mémoire. 

Tu as marqué cette finale de ton empreinte aussi, avec ton but !  

Oui, j'avais été décalé sur le côté droit par le Coach. J'ai d'ailleurs fait ma carrière sur ce côté grâce à Jean-Marc Philippon. Lui souhaitait garder absolument son trio Pentecote - Dupuis et moi, mais devait faire un choix tactique. J'étais sans doute le joueur des trois le plus capable de jouer sur un côté. Je ne suis pas un buteur dans l'âme, une passe décisive me procure autant de plaisir. Les deux autres, depuis très jeune, c'étaient des machines à but. 

Donc avant le match, je ne m'étais pas mis de pression pour marquer. Je voulais juste qu'on gagne et qu'on "les explose". Après, quand ça rentre, ton coeur s'arrête de battre. J'ai marqué à l'opposé de nos familles, donc j'ai dû traverser le stade pour célébrer avec eux (rires). J'avais prévu le tee-shirt sous le maillot. C'était une fierté immense : celui du petit marseillais qui fait monter sa famille au Stade de France et qui plante. 

On arrive à profiter quand il y a cinq ou six buts d'avance ? 

Même pas, parce que j'avais l'impression que le match venait de commencer. Pour moi, cette finale a duré dix minutes. Je me souviens de la mi-temps, du discours du coach nous parlant de Milan - Liverpool, et insistant sur l'importance de ne rien lâcher. On était déjà dans l'euphorie. Le staff a essayé de nous calmer. Au retour de la pause, but de Xavier (rires). 

Au coup de sifflet final, c'est possible de réfléchir ? 

Non, c'est complètement impossible. Tu n'as que 18 ans, tu viens de gagner, mais tu n'as aucun recul ! Le stade est bien garni, il t'acclame pour la prestation hors-norme, les six buts inscrits. Tu ne peux pas penser à grand chose à ce moment précis, tu dois juste célébrer, prendre du plaisir. On l'a fait tous ensemble sur le terrain, et ensuite dans les vestiaires, avec un bain complet et trois mètres de mousse dans l'ensemble du vestiaire (sourire). Un moment inoubliable. 

On termine par la question la plus difficile : ne retenir qu'un seul moment fort de cette finale.

Je retiendrais les larmes de mon père à la fin de la rencontre. Celle qui montre la fierté d'une famille pour son enfant qui vient de gagner. Evidemment il y en aurait beaucoup d'autres à citer, mais moi ses larmes de joies me marqueront toujours !  

J-1 avant la finale de Coupe Gambardella de nos U19 au Stade de France face à l'AS Saint-Étienne. Tous les soirs, leurs aînés ont partagé leur recette sur tfc.info. Retrouvez toutes les interviews : Evan Leduby, Xavier Pentecote, Walid Cherfa

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