Graine de Pitchouns
- Mahamadou Tounkara

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Publié le 04/04/2019 à 11h00
Modifié le 04/04/2019 à 11h09

Homme de base de Jean-Christophe Debu à la récupération, Mahamadou Tounkara se prépare activement pour sa demi-finale de Coupe Gambardella dimanche. Rencontre avec ce discret mais si précieux joueur, notamment passé par la région parisienne et Bastia. 

Il est aussi discret dans la vie que précieux sur un terrain. Homme de base de Jean-Christophe Debu avec les U19, garant de l'équilibre entre défense et attaque, le milieu violet réalise une saison plus qu'aboutie, à un poste qu'il continue pourtant de découvrir au fil des semaines.

Il est peu dire que ce Pitchoun d'origine malienne a migré sur le rectangle. Offensif et technique dans ses premières années, c'est désormais dans un registre davantage rigoureux qu'il explose actuellement. Arrivé en France à l'âge de 15 ans en provenance de son Mali natal, Mahamadou débarque dans un premier temps en région parisienne, du côté de Linas Monthléry (à prononcer avec le s). 

"J'ai débuté le football comme tous les collègues, avec mes amis dans les quartiers au Mali. Je suis né là-bas, à Bamako, j'y ai grandi et en suis parti à 15 ans. Là-bas, des cousins ont évolué dans le championnat national, et même été sélectionnés avec les équipes nationales. C'est en les regardant jouer que je me suis dit qu'en travaillant, je pouvais aussi avoir ma chance. À mon arrivée en France, je n'ai passé ensuite qu'une seule saison à Linas, avec un entraîneur de ma famille. Ensuite, tout est allé très vite." 

 

À Bastia, les choses se corsent

Le voyage de Mahamadou se poursuit par une étape sur l'île de Beauté, au SC Bastia. Une seule petite saison, pour sa deuxième année U17, avec des prestations déjà remarquées, à un poste offensif. Ses qualités techniques marquent alors les esprits. Clin d'oeil de l'histoire, sous les ordres du Coach David Suarez, les Bastiais partagent notamment en novembre 2016 les points sur le terrain annexe du Stadium avec les Pitchouns d'Anthony Bancarel (1-1). Un effectif toulousain composé de nombreux coéquipiers actuels de Mahamadou : Rouault, Cazenave, Rapnouil, Taoui, Ngoumou, Kinima ou encore Cardoso. 

 Bastia, comme à Linas, je jouais plus offensif qu'ici, et j'ai même eu des belles statistiques (ndlr : il finissait le championnat U17 sous les couleurs du Sporting avec 7 buts et 9 passes décisives, pour 18 titularisations). À plusieurs reprises, je suis même monté disputer des rencontres avec les U19 (1 passe décisive). Je ne suis pas frustré de ce changement, mais c'est vrai que ça me plairait d'être un peu plus prolifique. Au moins marquer mon premier but ici ! "

Seulement, alors qu'il prépare une nouvelle saison sous les couleurs du Sporting, le club s'avère incapable d'aligner une équipe pour la reprise du championnat national. Bastia laisse alors filer ses principaux espoirs, à l'image de Lenny Pintor, parti pour Brest avant de rejoindre un an plus tard l'Olympique Lyonnais. Mahamadou découvre lui la Ville rose, et un nouveau poste. 

"Cette saison, mon poste est clairement celui du numéro 6, seul devant la défense. À Bastia, et même à Linas, j'ai pu connaître des dispositifs à deux numéros six, au sein desquels je pouvais me projeter offensivement. En ce moment, même si on arrive à la fin de saison, je continue d'apprendre ce nouveau rôle de récupérateur. Par moments, c'est vrai que je peux avoir quelques restes du joueur offensif que j'étais (rires). Quand je dribble dans des zones dangereuses, je me rends compte plus tard que ce n'était pas la meilleure décision. Et parfois, le Coach me le rappelle aussi à sa façon, il a raison (rires)."

 

Mahamadou touche à tout 

À l'image de ces dernières semaines, le milieu violet continue son apprentissage sur le terrain. Milieu en Gambardella, les deux dernières rencontres de championnat l'ont vu évoluer défenseur central (face à Béziers) ou encore latéral (ce week-end face à Nice). Des tentatives idéales pour lui faire davantage découvrir l'envers du décor de son poste au coeur du jeu. Un travail déjà bénéfique pour son coéquipier Tom Rapnouil, aujourd'hui complètement polyvalent. 

"C'est vrai qu'en évoluant à des postes différents mais proches du mien, je progresse rapidement. Je vais pouvoir comprendre, en 6, quels sont les besoins de mes partenaires, quel doit être mon placement pour les aider au mieux. C'est intéressant et surtout indispensable pour ma progression. Je prends ces rencontres pour de l'apprentissage supplémentaire."

Un travail, pris très au sérieux par ce fan de Frenkie De Jong (ndlr : international hollandais révélation de l'AJAX), alors que certains voient en ce jeune de dix-huit ans la réplique de N'Golo Kanté. Une comparaison qu'il sait principalement dûe à sa timidité apparente hors du terrain. Argument d'ailleurs rapidement réfuté par le concerné. 

"Je sais qu'ici j'ai l'image du Mahamadou discret, qui rigole moins que les autres. En réalité, quand je suis avec des amis, je me laisse plus aller. Avant d'être timide, je pense que je suis d'abord respectueux. J'aime pas les embrouilles (rires). Cela ne m'empêche pas de m'amuser quand même avec mes coéquipiers !" 

 

Indéboulonnable

Si les onze de départ n'ont cessé d'évoluer depuis le début du parcours en Coupe Gambardella (cinq différents en cinq tours), Mahamadou n'a lui pas encore connu le banc de touche aux coups d'envoi des rencontres. Une régularité, symbole de son importance au coeur du jeu, et de la confiance accordée de la part du coach. Désormais, alors que se profile la demi-finale au Stadium, ce dimanche, le milieu préfère calmer le jeu. 

"Depuis le début, on fait le parcours idéal. Les premières rencontres ont été bien gérées, face à des adversaires plus faibles que nous, mais accrocheurs. Ensuite, on est monté en gammes, progressivement. Le Havre, bien, Tours, très bien. Maintenant, c'est Montpellier, c'est fort, on le sait. Mais on n'a pas fait tout ça pour perdre au Stadium. On sait qu'on peut le faire, alors on doit bien se préparer, et ne pas s'emballer."

Pour la première fois de sa jeune carrière, à l'image de la plupart de ses coéquipiers, le numéro 6 des Violets évoluera sur la pelouse du Stadium, avec un public nombreux et présent pour les soutenir. Une nouveauté, loin de l'effrayer. 

"Jouer sur le terrain des pros, évidemment que c'est bien, mais ça ne doit pas nous changer. Sincèrement, qu'il y ait ma photo sur les écrans géants ou pas, je m'en moque un peu (rires). Je sais que certains de mes cousins feront le voyage pour me voir, mais l'important restera notre performance à nous. C'est notre histoire, à nous d'aller au bout. La Coupe Gambardella, au Mali, personne connaît. Par contre, le Stade de France, ça, ça parle !"

Dimanche, Mahamadou pourra donc compter sur le soutien d'une partie de sa famille. Son père, pour cause de travail en région parisienne le lendemain matin, ne devrait pas pouvoir être de la partie. Une raison supplémentaire pour le Pitchoun d'atteindre le tour suivant, et la finale à Saint-Denis. 

 

Certaines statistiques sont extraites de l'excellent site Turchinita.com

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