"J'ai une chance
énorme"

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Publié le 25/08/2018 à 22h50
Modifié le 25/08/2018 à 22h50

Dimanche face à Bordeaux, il a découvert la Ligue 1 Conforama. Capitaine des U19 la saison passée, Jean-Clair Todibo ne cesse de gravir les échelons au sein du club de la Ville rose. Avant la réception de Nîmes ce samedi (au Stadium - 20h00), entretien confession avec le jeune violet de 18 ans !

Jean-Clair, tu as enfin découvert le grand bain de la Ligue 1 ?

Oui, c'est une grande satisfaction pour moi ! Le premier match est toujours exceptionnel, magique. L’émotion est vraiment immense au moment où tu apprends que tu seras titulaire. Après, le naturel revient rapidement au galop. Le ballon, le terrain, tu ne peux pas être surpris par tous ces aspects. Je fais du football depuis plus de dix ans...

J’ai de la chance de l’avoir emporté pour mon premier match, mais le plus dur commence : confirmer lors de mon prochain match, montrer au coach qu’il peut compter sur moi. Confirmer, tout au long de la saison, que ce soit avec la Ligue 1 ou le groupe de National 3. J’ai vécu de belles émotions, mais ce n’est que le début si je m’en donne vraiment les moyens.

Justement, en termes d’émotions, quelle image te revient en premier de ce match ?

Sincèrement, ma passe manquée et interceptée par Lerager. Elle aurait pu nous coûter le match, sur une simple relance contrée. C’est aussi symbolique du haut-niveau. En Ligue 1, tu n'as pas le droit à la moindre hésitation. 

Je m’attendais davantage à ton entrée sur la pelouse, ta sortie avec l’ovation du public…

Bien sûr que ce sont des images que je n'oublierai jamais. L’ovation a été formidable, magnifique. Pour un premier match, c'était difficile d'imaginer mieux. Mais maintenant, je dois passer à autre chose et me concentrer sur les prochaines échéances.

 

"Je suis dans un Centre de Formation, à vivre de ma passion. Dans la vie, quand tu as de la chance, tu fais ce que tu aimes. C’est mon cas. Jouer avec mes coéquipiers et amis, tous les jours, c’est un luxe, j’en ai conscience depuis un moment déjà."

 

La saison passée, tu avais déjà réalisé la préparation avec les professionnels. Avais-tu terminé celle-ci frustré de ne pas intégrer le groupe pro ? 

Bien évidemment, tu es toujours un peu déçu au début, parce que tu te mets à rêver. Et puis les jours sont passés, j’ai retrouvé le groupe U19, avec quelques apparitions avec la National 3. J'ai eu un peu de frustration les premiers jours, mais j'ai rapidement compris que je manquais encore de qualité pour espérer atteindre l'échelon supérieur aussi rapidement. Et puis, honnêtement, ce n’est que du football.

Je suis dans un Centre de Formation, à vivre de ma passion. Dans la vie, quand tu as de la chance, tu fais ce que tu aimes. C’est mon cas. Jouer avec mes coéquipiers et amis, tous les jours, c’est un luxe, j’en ai conscience depuis un moment déjà. Que ce soit en U19, en National 3 ou en Ligue 1, il faut juste « kiffer ».

Ton arrivée s’est faite progressivement au club. Les six premiers mois avec les U19, tes apparitions se faisaient d'ailleurs rares sur le terrain. 

Cette période a été la plus compliquée depuis mon arrivée au TFC. Je venais d’arriver pour jouer avec les U19, et le groupe tournait très bien. Le Coach avait une équipe vraiment compétitive, et des hommes forts au milieu du terrain. Je pouvais comprendre de ne pas jouer, mais la frustration était immense. Six mois plus tôt, dans mon club des Lilas (93), j’étais titulaire indiscutable, capitaine. Je ne manquais quasiment pas une minute de jeu. 

Sur le banc, tu vois le football différemment. Il est plus cruel. Jouer, c’est ma manière de m’exprimer. Pour m’épanouir dans la vie, il me faut un ballon. Alors je m’entraînais, énormément, et je progressais. Mentalement, des périodes aussi dures te rendent plus fort. Seulement, tu ne t’en rends pas compte sur l’instant. Bêtement, tu deviens parano, tu penses que le coach ne t’aime pas (rires).

 

"Ce poste de défenseur central, je m'y fais bien. Sa spécificité, c'est la concentration que tu dois avoir pendant 90 minutes. C'est incroyable ! La moindre erreur peut te faire perdre un match. Moi qui le découvre, c'est une guerre psychologique avec les attaquants. Ils sont vraiment très intelligents. Pour caricaturer, c'est un jeu du chat et de la souris."

 

Dans ces moments-là, à quoi te rattaches-tu ? 

Au football, à l'amour que j'ai pour ce sport ! Sincèrement, les garçons qui sont dans des centres de formation en jeunes, ils sont tous accros au football. Moi j'avais l'ambition de prouver que je pouvais réussir au plus haut-niveau. Mais les sacrifices sont énormes. Tu es jeune, loin de ta famille. Il faut comprendre que la vie dans un Centre de Formation, ce n'est pas une semaine en colonie de vacances. On travaille, et on reste ensemble, à parler de football matin et soir. C'est l'école de la vie, oui, mais c'est une école avec des sacrifices. Comme je te l'ai dit, nous sommes tous des mordus de football ! Alors à partir du moment où j'ai été titularisé par le Coach Stéphanopoli, j'ai donné le meilleur de moi-même, et cela m'a permis d'enchaîner les minutes et de prendre encore davantage confiance en mes qualités. 

 

Jean-Clair, entouré lors du stage à Saint-Paul-lés-Dax des autres Pitchouns intégrés à la préparation des pros. De gauche à droite : Kalidou Sidibé, Moussa Diarra, Loïc Bessilé, Seiti Touré, Amine Adli, Nathan N'Goumou, Driss Khalid et Clément Bedos.

Avant cela, j'avais toujours joué au FC Lilas. Depuis les U14, mon poste est milieu défensif. Plus jeune, je pouvais aussi bien jouer ailier que relayeur. C'est mon coach de l'époque, Bamba Bangaly, qui m'a fixé à ce poste de récupérateur, sentinelle. Je n'ai plus quitté ce rôle de numéro 6. Je m'y plaisais énormément. J'ai rejoint le TFC parce que le championnat U19 correspondait plus à mes qualités. Je savais que je pouvais m'épanouir, et aujourd'hui je peux affirmer que ce choix était le bon. De manière générale, j'aime bien toucher la balle. C'est un poste qui fait le lien entre les attaquants et la défense. Et puis, je regardais et regarde encore beaucoup les matchs du PSG. Thiago Motta, dans son style, son intelligence de jeu, c'est un modèle. Je m'inspirais aussi beaucoup de Pirlo. 

Pourtant, depuis le début de la préparation, avec les pros, tu évolues un cran plus bas, en défense centrale. 

Ce poste, je m'y fais bien. Sa spécificité, c'est la concentration que tu dois avoir pendant 90 minutes. C'est incroyable ! La moindre erreur peut te faire perdre un match. Moi qui le découvre, c'est une guerre psychologique avec les attaquants. Ils sont vraiment très intelligents. Pour caricaturer, c'est un jeu du chat et de la souris. Il part en profondeur ou il décroche, et nous, nous devons réfléchir à la meilleure option pour le contrer et le priver de ballon. C'est une découverte, mais très intéressante tactiquement pour moi. 

Tu as disputé des rencontres avec l'équipe de National 3 la saison passée, la différence est si énorme que cela ? 

Franchement, il y a deux mondes entre les deux championnats, notamment dans les aspects tactique et technique. C'est tout à fait normal, mais quand tu entends qu'untel a été bon en National 3 et pourrait être aligné directement en Ligue 1, ce n'est pas raisonnable. Les deux divisions n'ont rien à voir. L'intensité, et surtout l'intelligence des joueurs sont incomparables. Les duels sont peut-être plus prononcés avec la National 3, mais la justesse des seconds ballons font la différence. 

 

"J'aime la tactique, et cela m'intéresserait d'encore me perfectionner dans ce domaine. J'ai encore beaucoup de progrès à réaliser aussi dans ma possession de balle. Ce qu'un jeune comme moi doit comprendre, c'est que les coachs connaissent mieux le foot que nous. Il faut toujours les écouter !"

 

Dans ton parcours avec le Centre de Formation, il y a aussi eu cette aventure en Gambardella la saison passée. Gardes-tu encore un regret de l'élimination en quart de finale à Tours (2-1) ? 

C'est une déception que l'on ne pourra jamais effacer malheureusement, parce que le groupe avait une énorme qualité et que nous avions je pense les moyens de faire mieux. Malgré cela, l'aventure nous a à tous permis de progresser indivudellement. Personnellement, j'ai énormément appris avec le Coach Jean-Christophe Debu. Il m'a fait confiance, m'a donné des responsabilités, et a multiplié les échanges avec moi. J'ai eu les clés du jeu, si l'on peut dire. Il m'a fait comprendre l'exigence que l'on se doit d'avoir pour arriver au plus haut-niveau. Mentalement, je suis devenu un autre joueur grâce à lui. 

 

On a pourtant l'impression que tu as depuis longtemps cet aspect de capitaine dans l'âme. 

Je ne suis pas un grand bavard en dehors du terrain, c'est une certitude. Sur le terrain, j'aime communiquer, et je veux absolument que l'équipe se comprenne lorsqu'elle évolue ensemble. Lorsque tous les joueurs jouent le même football, ils sont meilleurs. C'est bateau, certes, mais cela se vérifie à chaque rencontre. J'aime quand l'environnement est sain dans une équipe, et mon poste au coeur du jeu me permet de sentir si la communication est assez présente ou non. 

Dans quels domaines, tu souhaiterais encore progresser ? 

J'aime la tactique, et cela m'interesserait d'encore me perfectionner dans ce domaine. J'ai encore beaucoup de progrès à réaliser aussi dans ma possession de balle. Je sais que mes coachs Jean-Christophe Debu et Denis Zanko préféraient que je fasse vivre plus rapidement le ballon, alors que je peux avoir tendance naturellement à multiplier les touches de balle. Je pensais être dans le vrai, mais ce qu'un jeune comme moi doit comprendre, c'est que les coachs connaissent mieux le foot que nous. Il faut toujours les écouter !

Dans la tête également, je souhaite progresser. Je sais que je suis fort mentalement, j'ai la tête sur les épaules. Malgré cela, je ne suis jamais contre des petites phrases qui te remettent dans le vrai. Quand le Coach Alain Casanova me répète : "les pieds sur terre jeune homme", je comprends le message qu'il souhaite me faire passer, et j'apprécie ses propos. Je n'ai encore rien fait. Un match de Ligue 1, c'est déjà bien, mais j'aspire à mieux. En plus, face à Bordeaux, mon frère et ma petite soeur étaient présents, mais pas ma mère. Elle sera sur Toulouse ce week-end... (sourire). 

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