"Le football ne doit
être que du plaisir"

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Publié le 01/09/2018 à 23h17
Modifié le 01/09/2018 à 23h17

Pour son troisième match officiel sous la tunique violette, Manuel Garcia a régalé le Stadium face aux Crocos nîmois. À la veille du déplacement toulousain à Guingamp, l'occasion était trop belle de réaliser une rencontre et un entretien fleuve avec le talentueux milieu de terrain espagnol !

Manu, première question, comment te sens-tu ici à Toulouse ?

Je me sens bien, heureux de pouvoir jouer au football dans une belle équipe. Tout est nouveau pour moi, mais je prends du plaisir au quotidien pour l’instant. Sur le terrain, mais aussi dans la vie de tous les jours. La ville de Toulouse est vraiment très belle. 

Que connaissais-tu de la France avant de signer pour le TFC ?

Beaucoup plus que concernant les Pays-Bas avant de signer à Breda (rires). C’est un pays frontalier de l’Espagne, je suis déjà venu à trois ou quatre reprises avec ma famille. En réalité, la culture française reste en partie similaire à l’espagnole, dans de nombreux domaines. Ici, je retrouve le soleil, après des années plus compliquées en Angleterre et aux Pays-Bas.

Tu as déjà disputé trois rencontres de championnat. Tes prestations semblent d’ailleurs aller crescendo.

Oui, je le pense aussi. Le premier match a été compliqué pour tout le monde, et moi le premier. Marseille, son ambiance, le fait de découvrir un nouveau championnat, cela ne restera pas comme un de mes meilleurs matchs, loin de là. Face à Bordeaux, j’ai été meilleur, mais la performance que je retiens reste évidemment ce dernier match face à Nîmes. J’ai enfin pu montrer ce dont j’étais capable, même si tout n’a pas été parfait. Mais c’est ce genre de prestations sur laquelle je peux m'appuyer pour le futur. C’est important d’avoir quelques repères en début de saison, et cette troisième journée en fait partie.

"Le physique est vraiment une donnée à prendre en compte ici, et je pense que l’équipe a montré qu’elle était capable de rivaliser avec de nombreux adversaires dans ce domaine."

Généralement, pour caricaturer, la Ligue 1 est vue comme une compétition où le physique et les duels sont très importants. C’est aussi ce que tu as pu ressentir sur le terrain.

Oui, je n’ai pas été surpris par cet aspect là du championnat, mais il faut reconnaître que les duels sont beaucoup plus nombreux qu’en Eredivisie. Sur chaque ballon, tu dois te battre pour garder ou récupérer la possession. Le physique est vraiment une donnée à prendre en compte ici, et je pense que l’équipe a montré qu’elle était capable de rivaliser avec de nombreux adversaires dans ce domaine. Je pense notamment au Derby de la Garonne : si techniquement on a pu assister à du déchet, physiquement nous avons remporté la partie.

Tu parlais d’Eredivisie, quelles sont les principales différences entre les championnats hollandais et français ?

La Ligue 1 est d’un autre niveau, clairement. Physiquement, comme on vient d’en parler, mais aussi en termes de rapidité et de fluidité du jeu. Ici, la conservation du ballon est un vrai défi. C’est un nouveau challenge pour moi d’évoluer et de tenter de m’imposer en Ligue 1. J’ai cette volonté de faire mes preuves.

Le TFC a terminé dix-huitième la saison passée du championnat, et tu restais pour ta part sur une grande saison avec le NAC Breda. Pour de nombreux observateurs, voir Manu Garcia, joueur de Manchester City, signer ici, constituait une vraie surprise.

Oui, mais le club a un vrai projet. Avec le nouveau coach, on sent qu’il y a une direction de prise. Personnellement, j’ai été convaincu par son discours. Quelques jours après mon arrivée, d’autres recrues d’un très bon niveau ont suivi. Cela démontre que le « projet » n’était pas seulement un outil de communication. Il y a une vraie volonté de faire quelque chose ensemble. Je suis vraiment très confiant quant à cette saison. 

"Lorsque j’ai signé à Toulouse, et c’était le même processus avec Breda, je deviens un joueur toulousain. Ma seule envie est de réaliser une grande saison ici, avec mes partenaires actuels. C’est ici que je veux accomplir de grandes choses. Les entraînements, les matchs, je les dispute sous le maillot violet, pas bleu ciel."

Alain Casanova a donc été décisif concernant ton arrivée ? 

Oui, il a une grande part dans mon arrivée, mais ce serait trop simple de dire : « il m’a appelé, il m’a convaincu, je suis venu ». Ce sont la philosophie et l’envie de l’ensemble du club qui ont fait tourner la roue en faveur du TFC. Évidemment, le coach a été la personne avec laquelle j’ai eu le plus d’échanges. Sa méthodologie, sa volonté de pratiquer un beau jeu m'ont plu. 

Il est toujours difficile d’imaginer ce que peut être la mentalité d’un joueur prêté une saison dans un club. Certains pourraient se dire que tu es venu avec l’envie de te montrer, pour tenter de gagner une place du côté de Manchester City la saison suivante.

Oui, et je comprends que l’on puisse penser cela. Mais, en réalité, lorsque j’ai signé à Toulouse, et c’était le même processus avec Breda, je deviens un joueur toulousain. Ma seule envie est de réaliser une grande saison ici, avec mes partenaires actuels. C’est ici que je veux accomplir de grandes choses. Les entraînements, les matchs, je les dispute sous le maillot violet, pas bleu ciel. Et puis, franchement, à Breda, je ne devais être prêté que six mois, et je suis finalement resté dix-huit.

Qui peut dire aujourd’hui que je ne serai pas à Toulouse la saison prochaine ? Le football va si vite de nos jours... Si tu commences à réfléchir à ce qu’il se passera dans un an, tu passes à côté de ta saison. Moi, à Toulouse, j’ai envie de gagner, envie de me faire plaisir sur le terrain et avec nos supporters. Le futur, le prêt, tout cela ne m’intéresse clairement pas.

Avant d’être prêté à Breda, tu avais d’ailleurs commencé la saison du côté d’Alavès, pour finalement être rappelé par ton club de Manchester City au bout de seulement six mois. Que s’était-il passé ?

Je venais d’avoir 18 ans, et le changement avait été trop brutal pour moi. J’ai intégré une équipe compétitive, mais avec une philosophie qui ne correspondait pas à mes qualités, sans volonté de créer du jeu. Moi, il me faut un peu de ballons pour me sentir bien sur le terrain. Je disputais des rencontres de préparation et des oppositions internes, mais je ne jouais pas le week-end. À mon âge, j’ai ce besoin de disputer des rencontres officielles pour progresser. C’était donc dans mon intérêt de ne pas rester.

Tu parles beaucoup de philosophies de jeu, et de l’importance que les coachs peuvent avoir pour le joueur. Patrick Vieira, ton ancien coach à Manchester City, vient de signer à Nice…

Oui, c’est sans doute à ce jour le coach qui m’a le plus apporté. Il m’a permis de passer directement de la catégorie U18 à la réserve. Surtout, il a fait comprendre à l’équipe que les résultats passaient par le jeu. Pour marquer des buts, pour se créer des occasions, il fallait avoir le ballon et surtout savoir l’utiliser à bon escient. Avec Patrick Vieira, nous n’avions certes pas gagné tous nos matchs, mais la qualité de jeu produit était plus qu’intéressante et permettait aux joueurs de progresser au quotidien. Nous animions nos rencontres, nous étions acteurs ! 

"Je suis un joueur qui aime se faire plaisir sur le terrain. J’aime tenter des gestes, que certains estiment parfois compliqués. J’aime donner de bons ballons à mes partenaires, faire le travail de l’ombre, en quelque sorte."

De cette génération, seul Brahim Diaz a aujourd’hui intégré pleinement le groupe du Coach Guardiola… (ndlr : il a disputé quelques minutes lors du Community Shield). 

Oui, mais quand tu regardes l’effectif actuel, avec autant de grands noms, je trouve cela normal. Évidemment, tu peux te dire qu’en t’entraînant avec des joueurs de cette qualité, tu t’offres les possibilités de progresser. Seulement, rien ne remplace réellement les oppositions du week-end, en championnat. Il faut être dans un environnement professionnel pour s’épanouir. J’ai envie de jouer le plus possible en ce moment, et avec Toulouse, je sais que la porte est ouverte. À moi de garder ma place en étant performant.

Tu as pourtant disputé une rencontre de Premier League, contre Aston Villa. Tu n’avais à l’époque que 17 ans. Tu te rendais compte de ce que cela représentait ?

C’était exceptionnel. Jouer avec Agüero, Silva, Touré, je me devais de profiter de ces instants. J’ai également eu la chance de disputer d’autres rencontres en coupes, et même d’inscrire un but (ndlr : en League Cup face à Crystal Palace). Mais, comme tu l’as dit, j’avais 17 ans. À la fin de la saison, c’était évident que je ne pouvais plus me contenter de disputer une rencontre avec le groupe professionnel tous les deux mois. Ce sont de bons souvenirs, évidemment ! 

Comment décrirais-tu le joueur Manuel Garcia ?

Je suis un joueur qui aime se faire plaisir sur le terrain. J’aime tenter des gestes, que certains estiment parfois compliqués. J’aime donner de bons ballons à mes partenaires, faire le travail de l’ombre, en quelque sorte. Maintenant, j’essaie aussi de devenir un joueur plus influent en phase défensive, en tentant d’intercepter les ballons adverses. Mon jeu est parfois risqué, et implique des pertes de balles. Je le sais, j'en suis conscient, mes partenaires également, la moindre des choses que je puisse faire, c’est d’aider les miens à récupérer le ballon si possible le plus haut possible sur le terrain (rires).

En parlant de bons ballons, on t’a notamment vu tenter à plusieurs reprises une passe dans le dos de la défense nîmoise, dans la profondeur pour Aaron (ndlr : Leya Iseka).

Exact, mais ça n’est pas passé ! (Rires). Je dois encore progresser dans le dosage pour effacer le dernier défenseur. Mais c’est vrai que j’aime ce genre de passes verticales capables de faire la différence et permettre à mon attaquant de disputer un face-à-face. J’ai toujours ce désir de jouer verticalement sur le terrain, mais je dois aussi m’adapter au jeu, au contexte. Comme je te l’ai dit, la Ligue 1 a un niveau supérieur à celui de l’Eredivie. Les passes que j’ai pu réalisées là-bas seront certainement plus compliquées à rééditer cette saison.

"Le football doit être avant tout un plaisir, pour les supporters, les spectateurs, mais aussi pour les joueurs. Quand tu joues bien, tu prends énormément de plaisir sur un terrain. Lorsque tout devient fluide dans une équipe, le sentiment de satisfaction est énorme."

Quelle est ta principale ambition ici ?

Continuer de progresser, tout au long de la saison. Personnellement, je suis ici pour me sentir à l’aise avec le ballon, mais aussi découvrir un nouveau championnat, de nouveaux stades, un nouveau rythme. Collectivement, je veux aider l’équipe à réaliser un bon exercice, et je sais que nous en sommes tous capables. On ne veut pas se donner de place(s) à atteindre, mais nous sommes certains que le jeu que nous pratiquerons devrait nous permettre d’engranger de nombreuses victoires. C’est en ce sens que nous travaillons si bien en ce moment.

Souvent, et encore aujourd’hui, tu utilises ce mot " disfrutar* "... (ndlr : « prendre du plaisir »)

Le football doit être avant tout un plaisir, pour les supporters, les spectateurs, mais aussi pour les joueurs. Quand tu joues bien, tu prends énormément de plaisir sur un terrain. Lorsque tout devient fluide dans une équipe, le sentiment de satisfaction est énorme. Nous n’en sommes pas encore là, nous en sommes même assez loin parce que nous partons de presque zéro depuis la reprise, mais les bases que nous créons sont très bonnes. Le football, c’est un métier et une passion. Alors, le pratiquer tous les jours, c’est une chance. Parfois, tu prends même du plaisir en souffrant sur le terrain. Le joueur qui ne prend pas un minimum de plaisir, il peut arrêter de suite (rires).

Tu sors d’une séance rythmée de deux heures, avec des oppositions mais aussi du travail physique. Même après celle-ci tu prends du plaisir ?

C’est plus compliqué (rires). Je ne te dis pas que le plaisir est pris à chaque instant de la semaine, mais nous nous devons aussi de faire les efforts pour progresser. Lorsque tu rentres chez toi à la fin de l’entraînement, avec quelques bobos et de la fatigue, et que tu repenses à ce que tu as pu faire, le constat est toujours le même : « Oui, aujourd’hui j’en ai bavé, mais j’ai fait ce que j’aimais. Et j’ai déjà hâte de recommencer demain ! ».

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