L'idole qui venait
du froid

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Publié le 09/03/2018 à 11h00
Modifié le 09/03/2018 à 11h00

Ce dimanche, Johan Elmander sera à Toulouse, au Stadium, chez lui. Un retour attendu par les supporters, qui auront l'occasion de partager quelques instants précieux au cours d'une séance exceptionnelle de dédicaces. Le retour d'un attaquant extrêmement apprécié par le public toulousain, encore nostalgique de ses incroyables dépenses d'énergie sur le front de l'attaque violette.

Sa main droite tendue vers le ciel, poing fermé, reste encore dans toutes les mémoires. Une célébration devenue symbole d'un passage mythique, marqué d'une qualification historique pour le tour préliminaire de la Ligue des Champions. Au fond, Johan Elmander n’a sans doute pas révolutionné le football, mais a joué avec ses tripes. Un véritable état d’esprit de guerrier, indispensable pour ravir le coeur des supporters violets. Batailleur, le Suédois avait su rapidement se mettre dans la poche un public exigeant par sa combativité à toute épreuve. Sans doute avait-il compris dès son arrivée qu'ici, même les mémés aiment la castagne. 

Le soldat Johan se révèle un 11 novembre

Pourtant, l'ex buteur de Brondby n’a pas toujours été à l’heure, loin de là. Il a même fallu attendre la neuvième journée de championnat, sur le Rocher, pour le voir débloquer son compteur toulousain. Le voici enfin récompensé de ses efforts, si nombreux. "Certes, il ne marquait pas lors des premiers matchs de la saison, mais il fallait voir le travail qu'il fournissait sur le terrain. C'est simple. Je n'ai jamais vu un attaquant aussi costaud dans les duels. En rencontres officielles comme à l'entraînement, dans les 2 contre 2. Pour le bouger, tu devais t'accrocher". Compliment signé de la légende Pantxi Sirieix, puis confirmé par l'indéboulonnable Jacqui Teulières : «Johan faisait des véritables efforts, mais pas uniquement sur les terrains. C’était un chic garçon, vraiment. Il essayait parfois de parler français avec nous ». Pour devenir le véritable chasseur de buts espéré par Elie Baup, l'avant-centre attend en réalité la réception des sangliers de Sedan, le 11 novembre 2006. Au Stadium, le Scandinave s’offre un doublé et une ovation, le voici (enfin) adoubé. 

Un triplé pour l'histoire

Seulement, à l’image de son équipe, si le numéro 9 se bat, il alterne au fil des week-end le bon comme l’insuffisant. Ponctuée sur une humiliation à domicile face à Nantes (0-4), le TFC termine sa première partie de saison à la dixième place. "L'équipe n'était pas au mieux malgré un bon début de saison. Et le pire, c'est que nous étions partis du côté de Luchon, au vert, pour préparer cette rencontre de la meilleure des manières (sourire)." confie Pantxi. 

"Marseille et Bordeaux, c'étaient vraiment des rencontres incroyables de sa part. Il pouvait travailler énormément sur 89 minutes et trouver l'inspiration décisive à la 90ème" (Bryan Bergougnoux)

A la reprise, une réponse est vivement attendue. Elle aura le mérite de mettre tout le monde d’accord. A l’issue d’une rencontre digne de la Ligue des Champions, les Toulousains s’offrent le quintuple champion de France lyonnais, au courage. Incroyable d’engagement tout au long de la rencontre. le vainqueur de la Coupe UEFA (2002, avec le Feyenoord Rotterdam) s’offre un nouveau but, à son image, à la bagarre. Porté par le Scandinave, le TFC est désormais sur le podium sept journées plus tard, au soir d'une démonstration offerte à l’Olympique de Marseille (3-0). "Sur certaines rencontres, il a été tout simplement injouable. Marseille et Bordeaux, c'étaient vraiment des rencontres incroyables de sa part. Il pouvait travailler énormément sur 89 minutes et trouver l'inspiration décisive à la 90ème " raconte Bryan Bergougnoux. Neuf mois après avoir préféré la Ville rose à l’Ecosse, le Stadium à l'Ibrox de Glasgow, l’international Blagult lutte désormais pour un strapontin européen.

"On le savait capable de tout, mais à ce point, peut-être pas encore (sourire). Il a été l'homme du match. Le groupe avait tout donné, et lui terminé le travail par ses buts de grande classe." (Elie Baup)

Reste alors la réception des Girondins de Bordeaux. Dernière rencontre, au Stadium, avec l'espoir d’accrocher une compétition continentale en fin de soirée. Un rendez-vous, un vrai. Celui qui marque une génération. Johan, tout juste auréolé d'une place dans le onze de Ligue 1 de la saison par l'UNFP, mais qui n’a plus marqué depuis sept journées, comprend l’enjeu. Un triplé exceptionnel le fait entrer définitivement dans l'histoire, gravé dans la mémoire de son coach de l'époque : "Tout le monde connaissait ses qualités, physiques et mentales. Inscrire un triplé dans un tel match, avec toute sa dramaturgie, c'était assez incroyable. On le savait capable de tout, mais à ce point, peut-être pas encore (sourire). Il a été l'homme du match. Le groupe avait tout donné, et lui terminé le travail par ses buts de grande classe. Le Stadium était transcendé."

La confirmation avant les adieux

Qualifié pour le tirage au sort de la Ligue des Champions, le TFC hérite du géant Liverpool. Johan recroise Daniel Agger, son partenaire à Brondby. Si le Suédois en profite pour découvrir Anfield Road, la double opposition tourne en revanche en faveur du Danois. Le football haut-garonnais retrouve l'Europe, mais ne parvient pas à se sortir de la phase de poule. En championnat, la forme inquiète. Elmander ne lâche rien, parvenant à confirmer son premier exercice, en inscrivant la bagatelle de dix buts au cours des six premiers mois, aidé notamment par un début de décembre exceptionnel : en l'espace de treize jours, il trouve la mire à sept reprises (!), avec notamment un nouveau triplé face aux Girondins (4-3), ainsi q'un doublé décisif sur la pelouse du Parc des Princes (1-2).

Logiquement, cette dynamique marque les esprits aux quatre coins de l'Europe, à commencer par la Suède "Son triplé à Bordeaux et sa qualification pour la Ligue des Champions avaient été relayés dans les journaux au pays. Nos journalistes connaissaient le joueur, il était déjà internationnal. Mais après toutes ses réalisations en fin d'année 2007, son statut commençait à changer. A six mois de l'Euro, il marquait des points. Les grands clubs s'intéressaient à son profil. Un grand attaquant, travailleur et décisif, c'était vraiment la bonne pioche à faire" confirme Jimmy Durmaz. 

"Evidemment, il marque moins, mais les défenseurs adverses se focalisent beaucoup sur lui. Il travaille énormément et obtient beaucoup d'espaces pour le reste de l'équipe." (Jérémy Mathieu)

Seulement, la deuxième partie de saison du Suédois ne se passe pas comme espérée. Un seul petit but. Comme un symbole, Johan inscrit sa dernière réalisation sur le Rocher, sur une offrande de Laurent Batlles. Alors qu'il disputait une place européenne douze mois plus tôt, voici le collectif toulousain luttant pour sa survie dans l'élite lors de l'ultime journée. Finalement, la réception de Valenciennes voit Pantxi Sirieix sauver le club à l'entrée du dernier quart d'heure. Dans l'ombre, comme à son habitude, Johan continue de travailler pour l'équipe, faisant au passage le ménage dans la surface sur l'ouverture du score de Jérémy Mathieu. L'essentiel est là, le club se maintient, non sans mal. "Evidemment, il marque moins, mais les défenseurs adverses se focalisent beaucoup sur lui. Il travaille énormément et obtient beaucoup d'espaces pour le reste de l'équipe" décrivait alors le latéral violet, autre héros du maintien.

En juin 2008, après avoir évolué dans son championnat natal, aux Pays-Bas, au Danemark, Johan quitte la France pour découvrir l'Angleterre, dont il rêvait depuis ses débuts, devenant la recrue la plus chère de l'histoire des Bolton Wonderers. Le natif d'Alingsas décide de voler vers de nouveaux horizons, après deux saisons intenses passées sous la tunique violette. Vingt-trois petits mois qui l'auront vu inscrire vingt-trois réalisations, et surtout gagner le coeur des supporters violets. Presque sans forcer, et toujours le poing levé.

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