"Nos plus belles années resteront
au Centre de Formation"

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Publié le 21/03/2019 à 16h40
Modifié le 26/03/2019 à 18h44

Ils connaissent chaque recoin de l’île du Ramier. Au début du mois de mars, les trois Pitchouns Issa Diop, Etienne Capoue et Moussa Sissoko se sont retrouvés le temps d’une soirée pour évoquer leurs meilleurs souvenirs...

... du Centre de Formation au vestiaire des professionnels. Accompagnés de Serge Aurier, les trois anciens violets, aujourd’hui exilés à Londres, ont fait marcher la machine à remonter le temps. Souvenirs garantis ! 

 

Ils se sont retrouvés, comme au bon vieux temps. A l'issue d'un nouveau long week-end de football au coeur de la cité londonienne, au sein de laquelle ils ont fini par prendre leur marque. Comme un symbole, premier arrivé outre-Manche, Moussa, fort de 200 apparitions en Premier League, se chargeait d'accueillir la bande violette, pleine d'anecdotes à partager sur leur vie toulousaine. Premier arrivé ? Issa, le plus jeune d'entre eux. Désormais bien installé, à proximité du centre d'entraînement des Hammers, le Pitchoun profitait d'une journée de repos au lendemain d'une rencontre totalement maîtrisée sur la pelouse de son stade olympique, face à Newcastle (2-0).

Etienne, homme à tout faire des Hornets de Watford, sortait tout juste d'un succès étriqué, obtenu à la dernière seconde, devant Leicester (2-1). Il ne le savait certainement pas, mais l'ancien porteur du numéro 29 au Stadium inscrirait, deux semaines après cet entretien, pour une place à Wembley, la réplique exacte de sa première réalisation en Ligue 1. Moussa et Serge, amis et partenaires, prenaient eux le temps de débriefer leur choc du samedi, et la réception d'Arsenal dans un Wembley comble (1-1), tout en préparant leur voyage du lendemain en direction de Dortmund. 

Tous ont désormais une vie remplie, un après TFC superbement géré. Pourtant, aucun n'aurait manqué ce "rendez-vous des anciens", histoire de se raconter, encore et encore, les plus belles heures passées aux centres (de formation puis technique). L'occasion de reparler en priorité, quatre heures durant, des premières fois en Ligue 1, des bêtises d'adolescents, et des combinaisons de Coach Casa ! 

 

Notre arrivée au Centre de Formation

Étienne Capoue - J’arrivais d'Angers, à seize ans, pour un test d'une semaine. J’ai découvert un centre vraiment top au niveau des infrastructures. J'y ai dormi, c’était la folie pour moi. Dans ta tête, tu te dis que ce lieu peut devenir ton quotidien, ta porte d’accès au monde professionnel. Je me souviens aussi être arrivé un jour où les équipes jeunes ne s'entrainaient pas.

J'avais alors participé, pourtant très jeune, à la séance des pros. Une opposition. J'avais tout cassé (rires). Depuis ce jour là, le club a souhaité me faire signer. J'avais d'autres clubs qui me suivaient, comme Auxerre. J'ai mis une semaine à donner ma réponse, mais les infrastructures et le groupe avaient fait la différence. C'était parti pour le TFC!

Moussa Sissoko - Quand je suis arrivé, le Centre était alors au CREPS. J'étais content et fier parce que j'avais peut-être la chance de pouvoir réaliser mon rêve d'être professionnel. Le dépaysement était pourtant total. J’arrivais de Paris, je quittais ma famille, à seulement 14 ans. Mon envie était incroyable. On peut dire que je voulais déjà tout casser. Je ne connaissais rien de la ville, mais je voulais faire mes preuves à Toulouse.

Issa Diop - C'est encore différent pour moi, parce que je connaissais les lieux depuis un bon moment. Je suis un pur Toulousain, un gamin du TFC. J’y ai fait ma pré-formation, et même l’Association encore avant. Je connaissais les chambres, la cafétéria, les vestiaires. Pour moi, intégrer le Centre était une étape supplémentaire de mon parcours en violet. Les choses devenaient encore un peu plus sérieuses.

 

Nos plus belles bêtises au Centre de Formation 

Moussa - C'est celle du Quick, évidemment. Grandiose.

Étienne - Y'a même pas débat. On avait tellement rigolé !

Moussa - On part avec Moussa et trois autres joueurs en ville, avec un passage au Quick. Sauf qu’au lieu de manger là-bas, tous les collègues du Centre nous passent commande. Donc on se ramène sur le parking avec burgers et frites à volonté. Problème : c’était sortie interdite ce jour-là.

Étienne - Sûrs de nous, on débarque fièrement. On se fait attraper dès notre sortie de la voiture par le surveillant (rires). On s'est fait littéralement fusillés par le directeur du Centre. Et la sanction ? Pendant une semaine, footing dès 6h00 du matin sur les terrains annexes. Il faisait froid en plus.

Moussa - Et on parle pas de petits footings ! Non, diagonales accélérations, largeurs récupération, pendant au moins trente minutes. Mais c'est aujourd'hui un super souvenir parce qu'il a soudé le groupe comme jamais. La preuve, on en rigole encore ensemble.

Étienne - On a pris nous cinq, pour pas balancer les autres. Et en plus, à la fin du footing, on se douchait et montait au petit déjeuner avant l’école. On voyait les autres se demander ce qu’on avait bien pu faire avant. La punition nous a fait tellement mal, mais quel souvenir.

Moussa - Et les inspections des surveillants dans les chambres, on en parle ?

Étienne - Terribles aussi.

Moussa - Dès que tu voyais que la première chambre commençait à être fouillée, tu courais dans la tienne pour essayer de sauver ce qui pouvait encore l’être. C’était Prison Break, avec des mecs vraiment chargés de gâteaux. Des sacs de foot remplis (rires). Toutes les cachettes étaient bonnes à connaître.

Issa - C’est de votre faute aussi si certaines de nos astuces ne fonctionnaient plus. Les faux-plafonds sous les douches, c’était devenu trop classique.

Moussa - On se faisait cramer évidemment, mais ce sont des bons souvenirs qui restent encore aujourd’hui.

Issa - Nous, c’était aussi les batailles entre premier étage et deuxième étage. Ça envoyait du lourd, sans parler des « ventre y glisse » dans les couloirs à la fin de saison.

Étienne - On faisait nos bêtises tous ensemble. C’étaient toujours des actions de groupe, pas d’entreprises individuelles, et jamais de choses dangereuses !

Moussa - C’est surtout ça l’important, comme dit Etienne. C’étaient des conneries de jeunes hommes, mais rien de grave. On a jamais tenté le diable ou pris de risques. On peut en rigoler maintenant parce que jamais il n’y a eu de danger. On profitait aussi de notre jeunesse, ensemble.

Le Centre, c’est un univers très particulier. Si tu n’as pas ces moments de délire, la vie en communauté n’est pas simple. Les gars qui vivent la même chose que toi, ils deviennent quoique t’en penses ta famille. H24 tu es avec eux, dans la même classe à l’école, à l’entraînement, en déplacements…

Serge - En vrai, le Centre, c’est les émissions de télé-réalité d’aujourd’hui. Tu grandis avec des autres mecs de ton âge, donc il faut que tu aies des bons moments aussi. Sincèrement, le Centre, pour moi à Lens, mais j’imagine que c’est la même chose pour vous trois, ce sont les plus belles années de ma vie.

Étienne - Il n’y a pas de secret. S’il y a pas mal de joueurs qui ont réussi de cette génération, c’est aussi parce que l’unité a fait notre force.

"Ma première ? Je sais que je rentre à la place de Fabinho pour les trente dernières minutes. La semaine suivante, on reçoit Lyon au Stadium. Le grand Lyon, six fois champion. Je jouais à la console avec cette équipe !"

 

La première en Ligue 1

Moussa - J'ai fait mon premier stage de préparation peu après avoir signé mon premier contrat. J'avais alors réalisé de belles performances, j'étais en confiance, et je pouvais aussi compter sur Cheikh (ndlr : Cheikh M'Bengue, son grand complice) qui nous avait rejoint. Ensuite, tout s'est enchaîné. Je suis sur le banc pour la première journée à Valenciennes (défaite 3-1). Je sais que je rentre à la place de Fabinho pour les trente dernières minutes. La semaine suivante, on reçoit Lyon au Stadium. Le grand Lyon, six fois champion. Je jouais à la console avec cette équipe ! Je fais un bon match, et ensuite on réussit à enchaîner. En plus de ça, j'ai failli marquer...

Serge - C'est un bon résumé ça, t'as failli marquer. 

Étienne - Et en plus, tu es remplacé par le légende ! Pantxi ! Moi, la mienne, ma première titularisation à Paris, je m'en souviens parfaitement. Bon c'était pas le même Paris mais c'était émouvant. Il y avait toute la famille Capoue au Parc. C'était un truc de ouf. Ma première mi-temps avait été bonne. La deuxième, catastrophe, j'étais cramé.

Je suis sorti à l'heure de jeu, j'avais plus rien dans les jambes. C'était un peu bizarre parce que je n'ai pas enchaîné du tout derrière. Je remplaçais ce jour-là Achille. Ensuite, il est revenu. J'ai fait quelques entrées en jeu le reste de la saison puis j'ai décollé vraiment sous le Coach Casa. Commencer par Paris, c'était immense, parfait.

Moussa - Pour Lyon, j'ai appris que je jouais d'entrée la veille. On était en mise au vert, au moment du repas. Je suis allé me servir, et au moment de me rassoir, j'entends alors "Petit, t'es prêt pour demain ?" J'ai alors compris que j'avais des chances de débuter. Cela s'est confirmé lors de la causerie du lendemain. Là, il y avait un mélange d'excitation et de nervosité. C'était Lyon avec son armada... Dieu merci, tout s'est bien passé pour moi. 

 

Les regards changent ? 

ÉtienneEvidemment ! Je m'en souviens très bien aussi. Mais les attentions étaient toutes bienveillantes, parce que l'ambiance au Centre était vraiment incroyable. On s'entendait tous très bien. Tous les soirs, on se retrouvait pour rester ensemble. Jamais on ne passait nos soirées séparés dans nos chambres. On profitait de ces instants à fond. Jamais je n'ai ressenti de la jalousie de la part d'un coéquipier. 

MoussaC'est exactement ça, ils voulaient aussi avoir leur chance avec les pros, mais sans aucune jalousie à notre égard. Et puis surtout, avec cette génération, on était une vraie bande de potes. Nous n'avions pas changé après notre première. Le mentalité avait fait la différence. 

Issa - Moi j'ai partagé ça avec Alban (ndlr : Alban Lafont bien sûr). Dominique Arribagé nous avait demandé de venir dans sa chambre. Il nous avait averti de nos premières titularisations, même si j'avais compris au fil de la semaine d'entraînement que j'avais mes chances. La semaine suivante, après la victoire contre Nice, tous les potes du Centre étaient tous trop contents. Notre joie était partagée par tous. C'est aussi ça, l'esprit du Centre. 

 

"Wissam, c'était un phénomène"

Issa - On avait fait nos débuts seulement quelques jours après nos premiers entraînements, c'était quand même assez particulier. Pantxi dès notre premier jour dans le groupe, il est venu nous parler avec Alban, nous mettre à l’aise. Adri (Regattin) aussi, et Wissam qui était super gentil avec nous.

Étienne - Wissam, c’était notre petit à nous ! Mais il vous parlait vraiment beaucoup et tout ? Nous, il fallait creuser (rires). Mais qu’est ce qu’il était gentil. Je me souviens de sa première semaine au club : il n’avait pas quitté son survêtement du club. C’était sa première fois dans un club pro, il n’avait pas les codes. C’était trop marrant.

Serge - Wiss’ c’était un phénomène. On était ensemble dans les chambres en déplacement ou en mises au vert. A chaque fois, il me réveillait pendant la sieste. « Et Serge, et Serge, regarde comme il est trop fort lui ». Je me demandais de qui il pouvait bien me parler à chaque fois. C'était les personnages d’Olive et Tom ! A tous les matchs il me faisait le coup. Il commentait les matchs, il connaissait toutes les répliques.

Issa - Il était toujours là-dessus sur son iPhone, incroyable (rires).

Étienne - On avait quand même de sacrés phénomènes. Tabanou et Regattin, les mecs les plus marrants du Monde. Un régal de côtoyer ces mecs là. Avec Moussa et Cheikh, on a eu la chance de faire les deux générations, les plus anciens puis les plus jeunes, on s’est régalé. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression que les générations évoluent tellement rapidement, au TFC comme ailleurs. Nous, on peut dire qu’on a eu de la chance de ce côté.

Serge - On avait un vestiaire de fous aussi. Quelle belle époque !

 

Nos premières interviews télévisées 

Étienne - Oula ! Déjà il faut dire que les plus jeunes ont le droit à des cours de média training. Nous, rien !

Moussa - C'est clair, on nous a lancé comme ça, face à des journalistes qui te posent des questions sur ton match. C'est tout sauf évident. Tu ne sais pas quoi dire. Tu répètes les mots, puis tu essaies de finir le plus vite possible. D'un côté, il y a une part de fierté, mais il ne faut pas te louper. L'expérience vient aussi dans ce domaine. Jeune, tu pouvais reprendre une bonne douche après les télévisions (rires).

Étienne - Ma première, c'était avec le petit de Canal + en bord de terrain.

Issa - Laurent Paganelli ?

Étienne - Voilà ! Je sors contre Lyon. Je suis sur le banc, complètement cuit. Et puis je sors une banalité : "Il faut continuer à bien défendre face à cette équipe". Cinq secondes plus tard, but pour Lyon... J'ai dit n'importe quoi. Maintenant, je fais attention, je prends mon temps. Et puis, toutes les interviews se ressemblent un peu en général.

Serge - Moi c'était avec Lens, pour ma première, face à Saint-Étienne. J'étais tellement jeune, pas encore 17 ans. Une catastrophe, j'ai répondu à côté de toutes les questions. Il y avait tellement d'émotion pour cette première que ça allait beaucoup trop vite pour moi. Je crois que c'était Onzeo.

Étienne - À l'ancienne ça ! Mais ça compte ?

Serge - Bien sûr que ça compte. (Rires)

 

 

Le premier but

Moussa (2-0 Auxerre) - Un magnifique souvenir, le premier but en professionnel. Presque comme un symbole, je vais voir Cheikh M'Bengue sur le banc directement.

Étienne - En mettant un vent mémorable au coach, notons-le bien ! (rires)

Moussa - Ouais, je l’ai esquivé. Mais ce n’était pas volontaire. J’avais tellement envie de le fêter avec lui. On a commencé ensemble avec les pros. C'est mon frère.

Issa (Troyes 0-3) - Moi je marque dès le deuxième match, ça a été tellement vite, trois jours après ma première titularisation.

Serge - Je parie que c'était de la tête. En même temps, tu montais sur chaque corner (rires). Oh mais il y avait Martin Braithwaite je vois. Un sacré joueur lui aussi.

Moussa - Braaten numéro 2 (rires).

Serge - Martin, qu’est ce qu’il nous a fait du bien quand même à l’époque. Je me souviens de son premier entraînement. Je me suis dit que ça, c’était du joueur. Explosif, rapide, très intéressant. Un vrai guerrier, il se battait pour son équipe.

Étienne - Le meilleur joueur avec lequel j’ai évolué au TFC, je pense que c’est Daniel Braaten. Au niveau du football. Il était de loin le plus talentueux. Il était tellement puissant.

Moussa - Il était technique, il était puissant, c’était une machine de guerre. Costaud dans les duels. Quand tu regardes le match face à Paris, quel régal de le voir marquer et faire la toupie devant le Stadium plein. Il y a des soirées comme celles-ci que tu ne peux pas oublier. Cette victoire face au PSG (4-1 ; le 22 mars 2009), elle est gravée à tout jamais. En plus, le golazo que je mets sur le troisième, il ne doit rien à personne (rires).

Issa - J'étais jeune pour celui-ci, mais je me souviens de la frappe de Moussa sur le troisième, et surtout la toupie !

Étienne - Il nous rendait tellement fous lui. Tu sentais qu’il avait un talent monstre, mais pas exploité. Mais quand il te souriait, c’était fini, il avait gagné (sourire). Moi mon premier but, il est à Bordeaux. En vrai, j’étais mais tellement content, je voulais le célébrer.

Mais je me dis qu’on perd à Bordeaux, et que ce n’est qu’une réduction du score. J’étais dégoûté de pas pouvoir le fêter à fond. Mon plus beau, c’est celui à Nancy, sur le synthétique. Comment j’étais content de celui-là, avec l’enchaînement petit-pont enroulé. Moussa, regarde ça, t’en as jamais mis des comme ça.

Retrouvez dans les prochains jours sur tfc.info la suite de cet entretien croisé, avec notamment les coulisses du Centre Technique !

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