"Un leader doit être
irréprochable"

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Publié le 17/03/2018 à 22h19
Modifié le 17/03/2018 à 22h19

A la veille d'un match déterminant face à Strasbourg, l'attaquant ivoirien Max-Alain Gradel s'est entretenu avec tfc.info. Le meilleur réalisateur violet depuis le début de saison a livré ses sensations quant à la dynamique toulousaine, mais également sur les spécificités de son jeu, toujours aussi déroutant pour ses adversaires directs.

La déception de Marseille est-elle digérée ? Vous aviez fait un gros match dimanche sans être récompensés... 

Oui, elle est passée. Je pense qu'il nous a manqué de la concentration sur certaines actions mais également sur plusieurs phases arrêtées, à l'image du premier but marseillais concédé. Il faut aussi féliciter l'énorme match de Mandanda. Nous n'avons pas eu beaucoup de chance dans cette rencontre. C'est comme cela, nous devons faire avec, et passer à autre chose. 

Simplement, on se dit qu'avec la même intensité, la même envie, face à Strasbourg, il y a des chances que cela se passe mieux ? 

Notre dernière prestation peut en effet nous faire penser que nous sommes sur la bonne voie. Après, ne nous enflammons pas, notre situation ne nous le permet clairement pas. D'autant que les deux rencontres ne seront pas les mêmes du tout. Nous savons que ce match est un "match à 6 points". Nous sommes conscients de l'enjeu, et nous avons préparé de la meilleure façon possible ce rendez-vous tout au long des entraînements de la semaine. Nous avons réglé ce qui n'allait pas, dans la confiance et la sérénité. Nous partons confiants pour cette rencontre, c'est le principal. 

Surtout que Strasbourg n'est pas dans la grande forme. Vous allez partir favoris au Stadium, cela faisait longtemps. La situation implique t'elle des changements d'état d'esprit avant d'entrer sur le terrain ? 

Non, parce que nous ne sommes focalisés que sur nous, et pas sur nos adversaires. Le constat, il est ce qu'il est : il nous faut des points, nous jouons contre un adversaire à notre portée, juste avant la trêve. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas l'emporter demain. De manière générale, il ne nous reste que des matchs capitaux. 

"Nous devons nous focaliser sur nos matchs à domicile, avec nos supporters, pour aller chercher le maintien. A l'extérieur, nous sommes capables aussi de faire des coups. Nous avons les moyens de nous maintenir, franchement."

Justement, ici, il reste 15 points à prendre, uniquement face à des formations classées en deuxième partie de tableau. Si on fait un calcul très rapide, et simpliste : 29 + 15 = 44 points, un total synonyme de maintien. 

Je pense que c'est une bonne manière de considérer notre fin de championnat. Nous devons nous focaliser sur nos matchs à domicile, avec nos supporters, pour aller chercher le maintien. A l'extérieur, nous sommes capables aussi de faire des coups. Nous avons les moyens de nous maintenir, franchement. Les cartes sont encore entre nos mains, c'est important. 

 

Il y a quelques semaines, on parfait de la bonne saison de Strasbourg, comme celle de Guingamp. Au final, il reste 9 journées et il y a 8 équipes qui se tiennent en 7 points. On est donc reparti pour un sprint final. 

Le maintien, tu ne l'obtiens pas en décembre. Au fil des saisons, tu te rends compte que tout se joue dans les dernières minutes. La situation est un peu particulière aujourd'hui pour nous, parce que nous regardons nos adversaires depuis la position la moins confortable, mais nous allons vraiment tout donner jusqu'à la fin pour nous sortir de cette mauvaise passe. 

"Bien vivre ensemble, ce n'est pas un gage seul de maintien. Savoir tenir ses nerfs et avoir les crocs dans les matchs à haute tension, c'est un comportement particulier. Il faut savoir aller chercher au fond de soi l'energie pour réussir à enchaîner les bonnes performances."

Yannick Cahuzac racontait la semaine passée que ses luttes pour le maintien se jouaient souvent au mental, aux nerfs. Et ici, on a cette impression que le groupe vit bien. Cela peut être une des clés du succès ? 

Oui, c'est une aide supplémentaire, mais il ne faut pas tout confondre. Bien vivre ensemble, ce n'est pas un gage seul de maintien. Savoir tenir ses nerfs et avoir les crocs dans les matchs à haute tension, c'est un comportement particulier. Il faut savoir aller chercher au fond de soi l'energie pour réussir à enchaîner les bonnes performances. Nous savons ce qu'il nous reste à faire, et il nous faudra le faire ensemble, c'est une certitude. 

En parlant de Yannick. Lorsqu'on demande à vos coéquipiers quels sont actuellement les leaders du vestiaire, son nom et le tien reviennent quasi instantanément. Vous connaissez le métier. 

Evidemment, nous avons l'expérience de la Ligue 1 lorsqu'on regarde nos carrières. Maintenant, prendre la parole pour la prendre, n'importe qui pourrait le faire. Il faut savoir parler au bon moment, et surtout montrer l'exemple en étant exemplaire sur le terrain le week-end mais également toute la semaine à l'entraînement. Parler sans les actes n'a aucune incidence sur tes coéquipiers. 

En plus de ton statut de leader, tu as une relation un peu particulière avec Ibrahim Sangaré. Lui te considère carrément comme son grand-frère au club!

Oui, je parle beaucoup avec Ibra' mais aussi avec plusieurs jeunes. Je suis là pour expliquer certaines choses. Il faut savoir dire quand leurs choix ou leurs comportements ne sont pas les bons, mais ne surtout pas oublier de les féliciter dans le sens inverse. C'est important de leur montrer ta considération, surtout à leur âge.

Ils n'ont peut-être pas conscience de toutes les spécificités de ce métier. Dans le football, tout va très vite, tu peux aller très haut et être plus bas que terre six mois plus tard. Il faut qu'ils en comprennent tout cela aussi. C'est mon rôle, et celui de Yannick, de leur expliquer, ou du moins de leur en parler. 

Techniquement, tu fais partie de ces joueurs qui ont la capacité de dribbler leur adversaire sans la moindre vitesse au départ... C'est assez surprenant et surtout précieux ! 

J'ai toujours joué comme cela, depuis tout petit. C'est mon style de jeu. Evidemment, tu travailles tout le temps pour t'améliorer, tout au long de ta carrière, mais j'aime provoquer, et apporter le danger dans la surface adverse.

 

Un autre joueur ivoirien avait cette faculté : Aruna Dindane (passé notamment par Anderlecht et le RC Lens). Tu l'as connu ? 

Exactement ! C'est un des joueurs que je regardais jouer lorsque j'étais plus petit. C'est comme un idole pour moi. Ce n'est d'ailleurs pas pour rien que j'ai choisi le numéro 15 en équipe nationale. J'adorais énormément son style de jeu, en percussion. Ce fut également le cas pour Kader Keïta (passé par Lille & Lyon). Ce sont mes aînés, ils ont joué avant moi en sélection. 

Cette faculté pourrait être précieuse face à un bloc regroupé comme celui de Strasbourg, qui encaisse beaucoup de buts en ce moment et qui pourrait être inspiré de proposer un bloc compact. 

C'est clair. Quand tu affrontes des équipes bien regroupées, il faut trouver la solution pour déverrouiller leur défense. Ce n'est pas aussi simple qu'il n'y paraît. Balle au pied ou en dribble, il faut trouver la faille. C'est mon rôle aussi. Je me dois d'aller percuter, sans cesse, de provoquer mon défenseur adverse, toujours. Je suis dans ce registre. Je me dois de fatiguer mon vis-à-vis pour le forcer à avoir un oubli. 

Justement, t'inspires-tu des vidéos pour connaître les petits défauts de tes adversaires directs le week-end ? 

Pas nécessairement. Nous en avons collectivement la semaine, et elles sont utiles pour l'aspect global de la défense adverse. Seulement, si je me focalise trop sur mon latéral, peut-être que je vais forcer mon jeu, alors que la surprise et l'explosivité doivent être ma force. Et puis, dans un second temps, je dois faire ce travail face à n'importe quelle équipe, que ce soit le PSG, Dijon ou Marseille. En fin de compte, l'adversaire n'est pas si important que ça. La décision doit être faite par tous les moyens et face à n'importe qui. 

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